Pas de grande performance sans trac

Sarah Bernhardt est une actrice française du 19ième siecle. Véritable légende du théâtre, elle est aujourd'hui encore considérée comme une des figures les plus marquantes de l'histoire de cet art.

Discutant du trac avant une représentation, une habilleuse, jeune actrice en herbe, lui dit d'un air bravache : "Le trac moi, je n'en ai jamais !". Et Sarah Bernhardt de lui répliquer : "Cela viendra. Avec le talent".

La remarque a fait mouche et aujourd'hui encore, les acteurs se plaisent à le dire : le trac est une chose normale, et même mieux, cela aide à être meilleur sur scène.

Pourquoi ? Daniel Kahneman, encore lui, nous donne l'explication scientifique de ce phénomène dans son ouvrage sur les deux systèmes de pensées. En synthèse, notre système de pensée rapide, intuitif, nous pilote en permanence. Capable de gérer des tâches complexes à condition qu'elles soient routinères, il est facilement pris en défaut par certaines tâches inhabituelles. Ainsi, Kahneman propose une série d'exercice simples à des étudiants, mais ces exercices ont généralement une réponse intuitive fausse. Par exemple, si il faut 5 minutes à 5 machines pour faire 5 objets, combien de temps faut-il à 100 machines pour faire 100 objets. Avouez le, vous avez instinctivement répondu 100 avant de vous réprendre (la bonne réponse est 5 minutes). 90 % des étudiants font au moins une erreur à cette série d'exercices pourtant simples. La même série, mais écrite de façon un peu moins lisible, en gris par exemple, et le taux d'erreur passe à 30-35 %.

Dans une situation d'inconfort, c'est notre système 2, celui de la pensée lente, celui de la concentration, qui prend le dessus. Et ce dernier ne tombe pas dans ces pièges.

Le trac, c'est l'inconfort qui va solliciter le système 2, celui qui fait que vous exécuterez la tâche avec le niveau de concentration requis.

Lors d'une présentation très importante que j'ai réalisé recemment, il m'est arrivé d'avoir de gros trous de mémoire lors des dernières répétitions. Pourquoi ? Parce que je maîtrisais tellement mon texte, que je pouvais le jouer en pensant à autre chose. Catastrophe annoncée ? Non, c'est le trac qui le jour J m'a permis d'être à niveau, avec la concentration et l'attention requises.

Quelles leçons tirer en terme de techique d'influence : en tant que présentateur, une dose de trac ou d'inconfort vont vous permettre de donner le meileur de vous même. David Cameron, Premier Ministre anglais, pratique d'ailleurs une technique étonnante : la technique de la vessie pleine (véridique !). Il maintient ainsi un niveau de stress interne suffisant pour avoir un niveau d'attention très élevé, qui va lui permettre même fatigué par de longues négociations, de ne jamais baisser d'attention, d'éviter les décisions intuitives mais fausses. Et si vous êtes dans le public, méfiez vous si on vous met trop à l'aise : vous êtes beaucoup plus susceptibles de décider sans réfléchir ...

Posts à l'affiche
Posts Récents