Convaincre ... ou pas ?

Steve Jobs est considéré comme un des chefs d'entreprise les plus marquants de ces 50 dernières années. L'annonce de son décès a été un évènement mondial, d'une ampleur comparable à la disparition d'une star du rock ou un chef d'Etat. Son talent n'a pas été d'inventer lui même de nouveaux produits, mais de savoir mieux que personne comprendre l'époque dans laquelle il vivait et embarquer des générations entières dans l'achat de ses produits. Mais derrière la légende dorée, tout n'est pas rose ...La sortie sur iTunes du biopic consacré à Steve Jobs est l'occasion de découvrir d'autres facettes du personnage, notamment la différence entre le discours qu'il pouvait tenir dans ses légendaires présentations de nouveaux produit, et le traitement qu'il pouvait réserver à ses équipes.

Le film a reçu un accueil mitigé, un peu sévère sans doute, mais justifié par quelque raccourcis discutables ou des lenteurs, notamment au début. Un biopic est toujours un exercice difficile. Néanmoins, le film est très intéressant quand il montre le côté dictatorial du personnage, n'hésitant pas à licencier un collaborateur qui exprimait un désaccord sur un projet. Défier Jobs ne serait-ce que quelques secondes pouvait rapidement vous mener à la case chômage. Dans le même temps, on comprends à quel point les salariés d'Apple avaient de l'admiration pour lui (il était certainement la seule personne au monde à pouvoir leur faire accepter l'ouverture vers Microsoft par exemple), et inutile de développer sur le fait qu'il savait mieux que personne convaincre ses clients d'acheter ses produits. Quand Steve Jobs s'éteint, Apple est une des entreprises les plus puissantes du monde, plus riche plus créative, plus dynamique que n'importe quelle autre. Alors, ce modèle quasi dictatorial est-il le bon ?

L'histoire regorge de grands leaders au génie indiscutable, remportant des succès qui paraissent quasi divins à leurs contemporains : Napoléon, Alexandre ... Mais toutes ces histoires, quand elles durent, finissent mal.Quand une organisation est dirigée par un leader extrêmement talentueux et que les premiers succès sont fulgurants, elle se transforme souvent en ce qu'on appelle une structure paranoïaque : le leader se persuade d'avoir toujours raison et se coupe peu à peu de l'information. Pire ! Son entourage se persuade de la même chose et se censure. Ainsi, l'Etat Major de Napoléon considère qu'en cas de désaccord avec l'Empereur, c'est qu'il a tout simplement tort. La seule personne qui osera dire ses quatre vérités à Napoléon est le Maréchal Lannes sur son lit de mort, une jambe arrachée par un boulet de canon. Lannes est un proche, le seul (avec sa mère) à tutoyer Napoléon. Dans un moment aussi tragique, il est évident que Lannes n'est pas en train de manipuler ou d'avoir des visées politiques : pourtant, Napoléon ne l'écoutera pas, se privant d'un avis pourtant éclairé.

Le modèle de Steve Jobs pour convaincre son entourage était simple : exécutez sinon partez. Les faits sont têtus : à sa mort, Apple est une succès story extraordinaire.

Pourtant, l'histoire le démontre : cette méthode est le meilleur moyen d'aboutir à une catastrophe, entouré de gens qui auraient pu vous prévenir. Persuader, convaincre, influencer, ne doivent jamais faire oublier d'écouter sincèrement, avec énormément d'intérêt (et de respect) celui qui s'oppose à votre argumentaire : à long terme, cela ne peut que vous rendre plus fort.

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