Gestion des conflits - les leçons de la Guerre Froide

Gérer un conflit demande un minimum de stratégie pour un maximum de résultat. Mais que faire si la personne en face de vous ne veut absolument pas collaborer ?

Revenons un peu en arrière.

En 1962 éclate la crise des missile de Cuba. Pendant 13 jours, le monde est au bord de l'apocalypse. Mais après cet épisode, la guerre froide va prendre un tout autre tournant.

Le bloc communiste à l'époque, est alors persuadé que jamais le président Kenedy n'aura recours à l'arme nucléaire. Cette analyse est alors particulièrement étayée et judicieuse : les USA sont les héritiers de la doctrine militaire anglo-saxone, parfaitement théorisée par le stratège anglais Liddel Hart. Cette stratégie consiste à éviter autant que possible le choc frontal (hasardeux et incroyablement couteux), pour privilégier les attaques indirectes, plus nombreuses, moins couteuses et moins risquées. Une bonne illustration de cette doctrine est l'épopée napoléonienne, où l'Angleterre limitera considérablement les batailles face à la France, privant par la même l'Empire de l'opportunité d'une victoire décisive (Napoléon étant au contraire un adepte de la stratégie directe).

Le stratège français Andre Beaufre, père de la doctrine nucléaire hexagonale, pointe dans son remarquable ouvrage "introduction à la stratégie", les dangers de cette doctrine dans le cadre d'un conflit nucléaire : si l'option atomique n'est pas sur la table, alors des options dangereuses s'ouvrent pour l'adversaire, surtout un adversaire comme l'Union Soviétique.

Et c'est précisement ce qui se passe : l'Union Soviétique avec les missiles de Cuba, teste la détermination américaine, persuadé de pouvoir obtenir un avantage majeur sur le plan militaire, sans risque de rétorsion, démontrant ainsi la faiblesse du camp US. Mais Kennedy ne l'entend pas de cette oreille, et déclenche la pré-alerte nucléaire, prenant l'Etat major soviétique de court : à partir de ce moment là, la moindre étincelle peut faire basculer le monde.

Le trait de génie de Kennedy est de ne pas s'arrêter à cette décision, mais d'offrir rapidement une porte de sortie honorable à son adversaire, lui permettant de sauver la face devant l'opinion mondiale, en faisant démonter les missiles Jupiter installés en Turquie, et en s'engageant à ne pas attaquer Cuba.

Le monde est sauvé (pour le moment), mais le plus important est que l'Union Soviétique se voit dans l'obligation d'envisager l'impensable : l'utilisation de l'arme nucléaire par les USA. Pardoxalement, c'est ce qui fera démarrer le début de détente entre les 2 géants.

Qu'en retirer en terme de communication ? Deux règles vitales que vous retrouvez aussi bien dans l'Art de la Guerre de Sun Tsu ou De La Guerre de Clausewitz :

  • si manifestement la personne avec laquelle vous êtes en opposition n'envisage pas que vous preniez des sanctions fermes, voire très fermes (à condition bien sûr d'en avoir les moyens), vous encouragez de fait le conflit

  • quand votre contradicteur comprend que vous êtes prets à aller au conflit, à un coût qu'il n'est finalement pas prêt à payer, il est critique de lui offrir une porte de sortie honorable. Sinon, vous prenez le risque qu'acculé, il accepte le conflit et se défende à l'extrême (vous amenant de facto à un échec commun).

La stratégie militaire offre un savoir phénoménal qu'il est possible de réemployer (et sans blesser personne en plus) dans la communication. Voici une sélection incontournable, avec une mention spéciale pour le livre du Général Beaufre. En ce qui concerne la lecture de Sun Tsu, je conseille d'en lire plusieurs traductions : cela permet de mieux cerner ce texte, difficile.

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